Histoires d’héroïnes

written by Marcel et Ase Georgel

Lors des vœux présidentiels, Emmanuel Macron a mentionné le parcours de personnes qu’il considère comme des héros face à la pandémie de Covid 19. L’idée m’est venue de donner des nouvelles de quelques-unes des femmes parmi les centaines que nous accompagnons (nous et d’autres) maintenant depuis douze ans. Vous verrez la diversité des parcours, mais aussi comment Dieu est celui qui libère, pardonne, guérit et restaure. Il me semblait important que vous soyez vous aussi encouragés car, d’une manière ou d’une autre, vous êtes participants de cette œuvre dans le réseau de Dieu face au réseau des ténèbres.

Julie* Julie avait à peine 20 ans et des rêves plein la tête, notamment dans le domaine de la mode, car elle avait suivi des cours de couture dans son pays. Elle a courageusement porté plainte à la police de Nantes contre « sa madame » (proxénète). Elle a été reconnue victime de trafic humain par la Cour nationale du droit d’asile. Mais nous avons dû l’exfiltrer vers une autre ville avec l’aide d’une association, car sa « madame » se trouvait aussi à Nantes. Nous avons pu trouver une église sur place et la visiter deux fois. Elle a beaucoup changé et est maman de deux enfants.

Lucie* Cette très jeune femme était victime de trafic de la part de ses deux tantes. Sa propre famille ! De nombreuses prières sont montées vers Dieu en sa faveur. De manière miraculeuse, la police a arrêté son réseau et elle a pu trouver un hébergement et un accompagnement spirituel. Elle a pu suivre un parcours de sortie de prostitution de deux ans. Aujourd’hui, c’est une fille épanouie qui vient de signer un CDI d’aide-ménagère dans un EHPAD.

Patricia* Sa « madame » l’a forcée à se prostituer en la menaçant de s’en prendre à sa mère au Nigéria. Patricia nous a dit qu’elle avait un cœur d’évangéliste et qu’elle pleurait chaque jour à cause de ce qu’elle était forcée de faire dans la rue. Elle aimait témoigner par le chant. Lors des visites de nuit, elle serrait notre collègue Laureine de longs moments dans ses bras. Lorsque sa « madame » a fui en Espagne par peur de la police, Patricia et deux autres filles dans la même situation ont recouvré leur liberté.

Patricia a pu bénéficier d’un lieu d’hébergement avec un accompagnement spirituel de longue durée, et aussi du parcours de sortie de prostitution. Elle vient d’obtenir sa carte de séjour d’un an et va suivre un parcours d’intégration au travail grâce à la Mission locale.

Cloé* Il y a des rencontres qui font plus de peine que d’autres. C’est le cas lorsque nous découvrons que certaines filles sont manifestement nées de nouveau et aiment sincèrement Dieu, mais sont piégées par des réseaux qui les tiennent prisonnières. Cloé nous a téléphoné un jour en disant qu’elle était enfermée dans sa chambre et qu’elle avait été battue. Extrêmement courageuse, elle a décidé de ne plus se laisser faire malgré les menaces et a porté plainte. Aujourd’hui, son ciel s’est éclairci. Elle a trouvé un travail grâce à la Mission locale et aussi un logement. Mais son plus grand bonheur est d’avoir fait venir ses deux enfants de 4 et 7 ans. Elle n’a plus peur de marcher dans la rue. Elle a puisé la force de se tenir debout en Dieu et le chant gospel. « La musique me redonne de l’espoir. Quand je commence à chanter, je suis heureuse ! » Elle dirige la chorale de son église.

Janie* Comme beaucoup d’autres, Janie voulait partir en Europe, sans destination précise, pour travailler comme coiffeuse et gagner de l’argent. Après une première tentative vaine à travers la Lybie, elle a été relancée par un « cousin » qui l’a fait transiter par le Ghana. Dès qu’elle est montée dans sa voiture, son cousin a exigé qu’elle boive un liquide noir comme du thé et promette, entre autres choses, de payer la personne en Europe et de ne pas dénoncer cette personne à la police. Ce qui nous a frappés dans son parcours, c’est la cruauté de « sa madame » qui lui a brûlé la main sur une plaque chauffante pour que les autorités françaises ne puissent pas retracer qu’elle avait déjà laissé ses empreintes dans un autre pays.

Un soir, devant son refus d’aller dans la rue pour se prostituer, sa proxénète l’a jetée dehors ; elle s’est alors réfugiée chez une femme qui avait dénoncé son réseau et vivait avec un Français. Janie a donc décidé de dénoncer elle aussi son propre réseau, car elle ne supportait plus d’être considérée comme une esclave.

Grâce à l’aide de plusieurs associations et de chrétiens de Nantes et d’ailleurs, Janie s’en est sortie ; elle bénit Dieu pour sa vie aujourd’hui. Elle est mariée ; elle a suivi une formation et travaille dans un EPHAD. Son français est remarquable.

Et bien d’autres... Le tableau ne serait pas juste s’il ne mentionnait pas les histoires inachevées et encore douloureuses. Axelle* n’a pas encore pu surmonter la colère d’avoir été victime de trafic ; Judith* est très fragile psychologiquement et vit sous médicaments après avoir été violée par trois hommes ici à Nantes ; Kim*, qui a perdu son père en mars 2020 et sa mère en décembre 2020, n’a pas pu retourner au pays. Lou*, malgré un dossier solide, a vu sa demande d’asile rejetée deux fois. Alex*, malgré l’obtention d’une carte de dix ans, a été utilisée pour des transferts de fonds entre la France et le Nigéria et s’est retrouvée en prison pour plusieurs années.

Actuellement, les conséquences du couvre-feu sont une préoccupation majeure. On pourrait se réjouir du fait qu’il n’y a plus de ces femmes dans la rue, mais… la plupart d’entre elles sont hébergées chez des marchands de sommeil, et leur situation est très précaire. En effet, elles doivent payer leur chambre même si elles n’ont plus de revenu et risquent d’être jetées dehors. Dans l’urgence, nous avons pu aider trois de ces femmes pour qu’elles ne soient pas à la rue. En outre, et d’autres associations le constatent aussi, l’Office français de protection des réfugiés et la Cour nationale du droit d’asile rejettent de plus en plus de dossiers de femmes nigérianes, qui sont ainsi plongées dans la précarité, d’autant plus qu’un retour au pays est inenvisageable. J’ai envoyé un courrier à ces deux institutions. Priez pour que Dieu intervienne auprès des décideurs.

Voici pour finir une citation de J.L. Packer à méditer en ces temps troublés : « Si vous voulez savoir dans quelle mesure quelqu’un a compris ce qu’était le christianisme, vérifiez l’importance qu’il attache à l’idée d’être enfant de Dieu et d’avoir Dieu pour Père. »

Marcel et Ase Georgel, ministère auprès des femmes victimes de la traite humaine

*Noms d’emprunt


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